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Le rôle des femmes dans la FGC, de Kayane à aujourd’hui

En 2012, sur un plateau de télévision sponsorisé par Capcom, un joueur professionnel affirme sans détour que le harcèlement sexuel « fait partie de la culture » de la communauté des jeux de combat, et que vouloir l’en retirer reviendrait à ne plus faire du tout partie de cette communauté. Cette déclaration, restée comme l’un des moments les plus commentés de l’histoire de la FGC, a marqué un tournant dans la façon dont la communauté a commencé, ou non, à se pencher sur la place des femmes en son sein — un chemin qui reste, encore aujourd’hui, largement inachevé.

Kayane, une pionnière malgré les obstacles

En France, Kayane reste la figure la plus visible de cette histoire : championne du monde sur SoulCalibur, détentrice d’un record Guinness, elle s’est imposée dès le début des années 2000 dans une scène où très peu de femmes occupaient une place aussi visible en compétition. Sa trajectoire, déjà racontée en détail sur ce site, illustre à la fois ce qu’une joueuse pouvait accomplir malgré un environnement pas toujours accueillant, et le rôle de transmission qu’elle a choisi d’endosser depuis, notamment via sa propre compétition, la Kayane Cup.

Kayane en tournoi
Une place conquise de haute lutte, et un chemin qui reste, encore aujourd’hui, largement inachevé.

2012, le moment qui a tout changé : Cross Assault

L’épisode fondateur de cette histoire se déroule en février 2012, lors de Cross Assault, une émission de télé-réalité sponsorisée par Capcom qui oppose une équipe Street Fighter à une équipe Tekken. Pendant plusieurs jours, le capitaine de l’équipe Tekken, Aris Bakhtanians, harcèle verbalement sa propre coéquipière, Miranda « Super_Yan » Pakozdi, seule femme de l’émission, avec des remarques répétées sur son physique. Face à un appel à plus de retenue de la part du community manager de Twitch, Bakhtanians répond sur le plateau : « Vous ne pouvez pas retirer le harcèlement sexuel de Street Fighter, parce que les deux ne font qu’un. C’est une communauté vieille de 15 ou 20 ans, et le harcèlement sexuel fait partie de la culture. Si on retire ça de la communauté des jeux de combat, ce n’est plus la communauté des jeux de combat. » Pakozdi finira par jeter volontairement un match en signe de protestation avant de quitter la compétition.

La déclaration de Bakhtanians déclenche une onde de choc dans toute la presse spécialisée et au-delà, largement relayée par Kotaku, GameSpot et de nombreux autres médias. Une partie de la communauté défend alors becs et ongles l’idée que ces propos ne représentent pas l’ensemble de la scène ; une autre y voit, au contraire, la mise en lumière d’un problème resté trop longtemps ignoré. Cet épisode reste aujourd’hui cité comme le point de bascule à partir duquel la question du sexisme dans la FGC cesse d’être un non-sujet.

2020, une nouvelle vague de révélations

Il faut attendre 2020 pour qu’un nouveau choc de cette ampleur secoue de nouveau la communauté, dans un contexte mondial marqué par le mouvement MeToo. C’est cette année-là que l’édition en ligne de l’EVO est annulée après que des accusations de comportements sexuels inappropriés envers des mineurs ont visé l’un de ses cofondateurs. Cette période marque, pour une partie de la communauté, un vrai coup d’accélérateur : plusieurs témoignages de joueuses sur des comportements problématiques, parfois vécus des années plus tôt, commencent à être pris au sérieux et relayés publiquement, plutôt que minimisés comme cela avait pu être le cas en 2012.

Ce que ça a changé, et ce qui reste à changer

Interrogée par le média spécialisé Esports Insider en 2026 sur l’évolution de la situation depuis ce mouvement de fond, la joueuse professionnelle de Tekken Cuddle_Core résume une situation contrastée : la sécurité s’est globalement améliorée dans les grands tournois, mais aucune structure formelle et centralisée ne prend véritablement en charge les cas de comportements déplacés. Selon elle, les joueuses concernées restent, dans une large mesure, livrées à elles-mêmes ou à leur seul réseau de soutien personnel pour gérer ce type de situation — un contraste marqué avec les mécanismes de signalement plus structurés qui existent dans d’autres disciplines esportives plus institutionnalisées.

2026 : un rappel que le chemin reste long

Cette année encore, un incident survenu lors de Combo Breaker 2026, l’un des plus grands tournois hors EVO de la saison, a rappelé que ces problèmes n’ont pas disparu. Une joueuse identifiée sous le pseudonyme Jax, interrogée sur son expérience des cinq dernières années dans la scène, explique n’avoir plus été confrontée à du harcèlement flagrant depuis la pandémie de COVID-19 — jusqu’à cet épisode survenu à Combo Breaker 2026. Elle évoque également des situations plus anciennes, notamment sur Super Smash Bros. Ultimate, où elle raconte avoir dû volontairement perdre certains matchs par crainte de la réaction de certains adversaires masculins en cas de victoire.

Vers une scène plus représentative

Malgré ces difficultés persistantes, la visibilité des joueuses de haut niveau continue de progresser, portée aussi bien par des parcours individuels que par des initiatives communautaires. La Kayane Cup, intégrée depuis 2025 au circuit international Arc World Tour, en est un exemple concret : un tournoi organisé par une joueuse elle-même issue de cette scène, devenu une étape qualificative reconnue au niveau mondial. Ce type d’initiative, porté depuis l’intérieur de la communauté plutôt qu’imposé de l’extérieur, reste aujourd’hui l’un des leviers les plus concrets pour faire évoluer durablement une culture encore marquée par les épisodes qui ont jalonné son histoire.

FAQ

Qu’est-ce que l’incident Cross Assault de 2012 ?

C’est un épisode où le joueur Aris Bakhtanians a publiquement défendu le harcèlement sexuel comme faisant « partie de la culture » de la communauté des jeux de combat, après avoir lui-même harcelé sa coéquipière Miranda Pakozdi sur un plateau de télévision sponsorisé par Capcom — un moment resté comme le point de bascule de cette question dans la FGC.

La situation s’est-elle améliorée depuis 2012 ?

Partiellement : la sécurité s’est globalement renforcée dans les grands tournois, mais selon plusieurs témoignages récents de joueuses professionnelles, aucune structure formelle et centralisée de signalement n’existe encore réellement dans la communauté.

Quel rôle Kayane a-t-elle joué dans la visibilité des femmes dans la FGC ?

Championne du monde sur SoulCalibur dès les années 2000, elle a ouvert la voie à une reconnaissance de haut niveau pour les joueuses, et poursuit aujourd’hui ce rôle en organisant sa propre compétition, la Kayane Cup, intégrée au circuit international Arc World Tour.