SNK vs Capcom : l’histoire de la rivalité qui a façonné le genre
1987, Capcom. Takashi Nishiyama conçoit le tout premier Street Fighter. Quelques années plus tard, il quitte l’entreprise pour rejoindre un studio concurrent, SNK, où il se met en tête de créer ce qu’il appelle lui-même le « véritable successeur spirituel » de son jeu original. Ce projet deviendra Fatal Fury — sorti quelques mois seulement après que Capcom ait dégainé Street Fighter II, l’écrasant succès qui allait redéfinir tout le genre. L’ironie est totale : le père du versus fighting se retrouve à courir après sa propre création, dans le camp d’en face. C’est le point de départ d’une rivalité qui va façonner deux décennies de jeu de combat.
Street Fighter II et la révolution de 1991
Quand Street Fighter II débarque en arcade en 1991, il ne se contente pas de proposer un jeu de combat de plus : il invente les codes que la quasi-totalité du genre va suivre pendant des décennies — un roster de personnages asymétriques, des combos, et surtout une scène compétitive spontanée qui naît directement dans les salles d’arcade. Le succès est tel qu’il attire immédiatement des concurrents cherchant à reproduire la formule.
Fatal Fury, la réponse de SNK
SNK réplique la même année avec Fatal Fury, développé par cet même Takashi Nishiyama qui avait conçu le Street Fighter original chez Capcom. Le jeu sort sur Neo Geo, la plateforme arcade et console haut de gamme de SNK, et pose les bases d’une identité propre à la maison : un ton plus cinématographique, des personnages comme Terry Bogard qui deviendront des icônes, et une volonté affichée de rivaliser frontalement avec l’ancien employeur de son créateur. Fatal Fury 2 suit dès 1992, puis Fatal Fury Special en 1993, qui élargit le roster à quinze personnages et marque une étape importante pour SNK.
La guerre des bornes : CPS contre Neo Geo
La rivalité ne se joue pas seulement sur les personnages et les mécaniques : elle s’étend au matériel. Capcom développe ses propres cartes d’arcade CPS, pendant que SNK mise tout sur le Neo Geo, un système présenté comme offrant une expérience arcade fidèle à domicile — au prix fort. Les deux studios se poussent mutuellement à innover, dans une compétition qui profite avant tout aux joueurs d’arcade de l’époque, submergés de nouveautés des deux côtés.
Des univers qui se répondent
En 1994, SNK pousse son concept encore plus loin avec The King of Fighters, qui popularise le format d’équipes de plusieurs personnages et devient la nouvelle vitrine du studio, aux côtés de Fatal Fury et Art of Fighting. Les fans des deux camps ne tardent pas à imaginer des rencontres impossibles entre les univers : et si Ryu affrontait Kyo Kusanagi ? Et si Ken croisait le fer avec Terry ? Cette envie collective va peser lourd dans ce qui va suivre.
De la rumeur à la réalité : la naissance des crossovers officiels
L’histoire veut qu’un numéro du magazine japonais Arcadia, qui couvrait à la fois The King of Fighters ’98 et Street Fighter Alpha 3, ait suffi à déclencher une vague de rumeurs sur un hypothétique jeu réunissant les deux univers. SNK, alors en difficulté financière, contacte directement Capcom pour donner corps à cette idée. En 1999 et 2000, les deux studios officialisent enfin ce que les fans réclamaient depuis des années : SNK vs. Capcom: Card Fighters Clash et SNK vs. Capcom: The Match of the Millennium sortent côté SNK, tandis que Capcom vs. SNK: Millennium Fight 2000 arrive côté Capcom sur Dreamcast. Suivront Capcom vs. SNK 2: Mark of the Millennium 2001, puis SNK vs. Capcom: SVC Chaos en 2003 — avec, pour Capcom vs. SNK 2, un système de « groove » permettant de choisir entre un style de jeu proche de Street Fighter Alpha ou proche de The King of Fighters, quel que soit le personnage sélectionné.
Une rivalité devenue collaboration
Ce qui a commencé comme une opposition frontale s’est transformé, au fil des décennies, en collaboration assumée. Les jeux de la période 1999-2003 ont d’ailleurs été réédités ensemble sur consoles modernes via la Capcom Fighting Collection 2 en 2025. Plus récemment, la boucle se referme d’une nouvelle manière : Ken et Chun-Li apparaissent en personnages invités dans Fatal Fury: City of the Wolves — le digne héritier du tout premier jeu né de la rivalité, sur le terrain même de SNK. Plus de trente ans après que Takashi Nishiyama a quitté Capcom pour donner naissance au rival de sa propre création, les deux univers continuent de se répondre, cette fois dans la même direction.
FAQ
Pourquoi dit-on que le créateur de Fatal Fury est aussi celui de Street Fighter ?
Takashi Nishiyama a conçu le Street Fighter original chez Capcom avant de rejoindre SNK, où il a créé Fatal Fury en le présentant lui-même comme le véritable successeur spirituel de sa première œuvre.
Quels sont les principaux jeux crossover entre SNK et Capcom ?
La série comprend notamment SNK vs. Capcom: Card Fighters Clash et The Match of the Millennium (1999) côté SNK, ainsi que Capcom vs. SNK: Millennium Fight 2000 (2000), Capcom vs. SNK 2 (2001) et SNK vs. Capcom: SVC Chaos (2003) côté Capcom.
La rivalité entre les deux studios existe-t-elle encore aujourd’hui ?
Non, elle s’est transformée en collaboration : les jeux crossover historiques ont été réédités ensemble en 2025, et des personnages Street Fighter comme Ken et Chun-Li apparaissent désormais comme invités dans Fatal Fury: City of the Wolves.
