Russie et les jeux de combat

La Russie et les jeux de combat : une scène coupée du monde par les sanctions

En octobre 2024, un jeune joueur chinois du nom d’Essence|XCC est en train de réaliser l’un des meilleurs parcours de sa jeune carrière au Thaiger Uppercut, un tournoi majeur du Tekken World Tour. Après avoir battu des adversaires bien mieux classés que lui, il se fait disqualifier à quelques matchs du top 8 — non pas pour une faute de jeu, mais parce que son pays d’origine ne figure tout simplement pas sur la liste des territoires autorisés à participer au circuit officiel. Cet épisode, largement commenté dans la communauté, a mis en lumière une règle qui touche depuis plusieurs années d’autres pays, dont la Russie, de façon plus discrète.

La Russie et les jeux de combat
Des joueurs par ailleurs compétitifs, coupés des grands circuits internationaux par des règles administratives plutôt que sportives.

Une liste de pays éligibles qui exclut la Russie

Le règlement officiel du Tekken World Tour, le circuit de tournois organisé par Bandai Namco autour de la série Tekken, précise la liste des 189 pays et territoires dont les joueurs peuvent représenter une région et cumuler des points de classement. La Russie, tout comme la Chine et la Biélorussie, ne figure pas sur cette liste. Concrètement, cela signifie qu’un joueur russe peut, sous certaines conditions, participer à un tournoi affilié au circuit, mais sans pouvoir représenter officiellement son pays ni cumuler de points en vue des qualifications pour les grandes finales mondiales.

Une règle longtemps restée dans l’ombre

Cette règle n’a pas fait grand bruit avant qu’un cas similaire, concernant cette fois un joueur chinois, n’éclate publiquement en octobre 2024. Face à la controverse, Bandai Namco a présenté ses excuses, pris en charge les frais de déplacement des joueurs concernés, et modifié ses règles pour permettre aux joueurs chinois de concourir dès la saison suivante. Katsuhiro Harada, réalisateur de la série, a confirmé sur les réseaux sociaux la volonté de l’entreprise d’élargir à l’avenir le nombre de pays participants, tout en reconnaissant que d’autres obstacles, comme les questions de visa, continueraient de compliquer la participation de certains joueurs même une fois leur pays ajouté à la liste. Aucune annonce équivalente n’a en revanche été documentée concernant la Russie à ce jour.

Un contexte plus large : l’esport mondial après 2022

Cette situation s’inscrit dans un mouvement plus large touchant l’ensemble de l’esport depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. La Fédération internationale d’esport (IESF) avait alors voté l’exclusion de la fédération russe des compétitions internationales, une décision partiellement revenue en août 2023 après un nouveau vote interne, non sans opposition d’une partie de ses membres. De nombreuses disciplines esportives majeures, du jeu de tir aux jeux de stratégie, ont adopté des politiques similaires ou ont exigé que les joueurs russes concourent sous bannière neutre, sans logo ni couleurs nationales.

Une exclusion qui reste propre à chaque éditeur

Il serait toutefois inexact de parler d’une politique uniforme à l’ensemble du jeu de combat : les règles varient sensiblement d’un éditeur à l’autre, et d’un circuit à l’autre. Rien n’indique, à ce jour, que Capcom applique une restriction équivalente à celle de Bandai Namco sur son propre circuit compétitif Street Fighter, par exemple. Cette absence d’harmonisation illustre bien la nature fragmentée de ces politiques dans le jeu de combat, à mille lieues des décisions centralisées prises par de grandes fédérations sportives traditionnelles comme celles du tennis ou de l’athlétisme.

Ce qu’il faut retenir, honnêtement

L’ampleur exacte de l’impact de ces règles sur la scène russe du jeu de combat reste difficile à documenter précisément : combien de joueurs russes ont vu leur progression freinée, combien ont dû concourir hors de toute reconnaissance officielle, quelle a été l’ampleur de la scène locale avant 2022 — ces éléments manquent aujourd’hui de sources centralisées et fiables. Ce qui est établi, en revanche, c’est l’existence d’une barrière administrative bien réelle et documentée, distincte de tout jugement sur le niveau des joueurs concernés, qui s’ajoute aux difficultés plus larges (paiements, visas) rencontrées par de nombreux joueurs de pays soumis à des sanctions internationales pour participer aux plus grands rendez-vous mondiaux du jeu de combat.

FAQ

Les joueurs russes sont-ils officiellement bannis de tous les tournois de jeux de combat ?

Non, la situation varie selon l’éditeur et le circuit : le Tekken World Tour de Bandai Namco exclut explicitement la Russie de sa liste de pays éligibles, mais aucune règle équivalente n’a été documentée pour d’autres circuits comme le Capcom Pro Tour.

Comment cette règle a-t-elle été révélée publiquement ?

C’est la disqualification d’un joueur chinois en octobre 2024, en plein tournoi Thaiger Uppercut, qui a mis en lumière l’existence de cette liste de pays éligibles au Tekken World Tour — la Chine ayant depuis été ajoutée à la liste, contrairement à la Russie.

Les questions de visa sont-elles le seul obstacle pour les joueurs de pays exclus ?

Non, même Katsuhiro Harada, réalisateur de Tekken, a reconnu publiquement que les problèmes de visa restent un obstacle distinct et persistant, qui peut continuer à empêcher un joueur de concourir même après l’ajout de son pays à la liste des régions éligibles.